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« Une décision aventuriste qui traduit une volonté de liquider le lycée Philippe Zinda ». C’est ainsi que Souleymane Badiel, secrétaire général de la fédération des syndicats nationaux des travailleurs de l’éducation et de la recherche (F-SYNTER), qualifie la mesure de fermeture du lycée Philippe Zinda Kaboré et le redéploiement de ses élèves dans plusieurs établissements. Pour lui, toutes les raisons avancées ne tiennent pas la route et beaucoup de contradictions voire des propos mensongers sont développés par les autorités autour de ce qui se passe au Zinda. Il estime que le ministère en charge de l’Education nationale devrait simplement sursoir à une telle mesure et permettre au personnel et aux élèves du lycée de préparer sereinement la rentrée scolaire 2021-2022. Lisez-plutôt !

Fermeture du Zinda : « C’est l’exécution d’un plan de liquidation du lycée », selon Souleymane Badiel de la F-SYNTER

 

Lefaso.net : Le lycée Philippe Zinda Kaboré fermé, ses élèves redéployés dans 74 établissements de la ville de Ouagadougou. Selon vous, était-ce la meilleure option ?

Souleymane Badiel : C’est loin d’être la meilleure option, je dirai même que c’est une décision aventuriste qui traduit le peu de sérieux avec lequel les questions en lien avec l’éducation sont traitées, mais aussi l’option de répression dans laquelle le gouvernement est inscrit avec les acteurs de l’éducation depuis un certain temps. Et pour nous, cette décision entre dans le cadre de l’exécution d’un plan que nous estimons être un plan de liquidation du lycée Philippe Zinda.

Rappelez-vous que l’Assemblée nationale a fait un rapport qui a mis sur la sellette le Zinda il y a deux ans. En 2019, il y a eu des affectations que nous avions qualifiées d’arbitraires. En 2020, le secrétaire général de la CGT-B (Bassolma Bazié : ndlr), enseignant au lycée Zinda a été traduit en conseil de discipline suivi de son affectation de cet établissement. Il y a eu également les tracasseries contre le responsable du comité de la F-SYNTER dans cet établissement et tout ce qui s’en est suivi.

Quelles sont les conséquences que cette décision pourrait engendrer ?

Les conséquences de cette décision concernent à la fois les acteurs directs du Zinda et au-delà du Zinda. Les lycées qui abritent les séries scientifiques se comptent au bout des doigts, et le Zinda faisait partie de l’un des rares lycées où l’on trouve une série C. En fermant le Zinda, on prive les élèves qui auraient fait l’option de faire la série C.

Deuxième chose, en fermant le Zinda, on prive les parents d’élèves de la ville de Ouagadougou de disposer d’au moins 5 000 places pour pouvoir caser leurs enfants qui auront réussi au CEP et au BEPC. En plus du fait que les personnels vont être, comme le ministre le dit, déployés. Et pour nous, ce n’est pas acceptable, les personnels ne sont pas à la disposition du ministre qui peut disposer d’eux quand et comme il veut.

Cette décision s’est prise sans aucune concertation, ni avec les personnels au sein de l’établissement, ni avec les organisations syndicales. Ce n’est pas acceptable que le ministre croit que lui, il est la lumière et que toute décision qu’il prend, il peut la prendre et que c’est ça la meilleure décision pour la communauté éducative.

Au regard des dommages subis par l’administration et de la destruction du serveur, est-ce qu’il était possible au Zinda de fonctionner correctement pour la nouvelle année scolaire 2021-2022 ?

Tout ce qui se passe participe d’un plan de liquidation. Il y a beaucoup de contradictions voire des propos mensongers qui sont développés par les autorités autour de ce qui se passe au Zinda. Pour preuve, le 27 juillet 2021, il y a eu les conseils de fin d’année qui ont validé l’année scolaire sur la base des bulletins.

Tous les élèves ont eu des bulletins pour boucler l’année scolaire 2020-2021. C’est la preuve qu’il y avait des données pour valider l’année. Le 19 août, la direction régionale de l’enseignement secondaire du Centre a procédé aux affectations et du personnel a été affecté au Zinda. Le 24 août, le ministre lui-même a pris une note indiquant les nouveaux lycées qui deviennent des lycées polyvalents.

Ce qui signifie que l’on va procéder à l’ouverture de sections d’enseignement technique et de formation professionnelle dans ces lycées. Et parmi ces lycées, figure le lycée Zinda. Et deux jours après, on dit que ce lycée est fermé. Je voudrais ajouter que pour les concours directs qui viennent de se dérouler, le Zinda a été un centre de composition. On ne peut donc pas dire que le lycée ne peut pas fonctionner. Vous comprenez donc que l’on a visé autre chose et les raisons que l’on tente de développer sont très légères et ne reposent sur aucun fait tangible.

Si les raisons avancées ne tiennent pas, selon vous, pourquoi donc voudrait-on ‘’liquider’’ le lycée Philippe Zinda ?

Le lycée Zinda constitue un centre de résistance des élèves contre les mesures antipopulaires et cela ne date pas d’aujourd’hui. Même sous le Conseil national de la révolution (CNR), les élèves du lycée ont été parmi les rares établissements qui ont fait des manifestations. Et c’est ce centre de résistance que l’on veut liquider. Et cette option, nous la mettons en lien avec les assises nationales qui sont en train de se préparer. Et dans le document de base, vous pourrez constater que l’on avance vers la remise en cause des deux tours des examens aussi bien au BEPC que du Baccalauréat, de la gratuité scolaire ainsi que des questions de cantines et de bourses.

Cela signifie que les assises sont préparées dans l’option de remettre en cause un certain nombre d’acquis et le ministre est conscient que cela ne va pas passer comme une lettre à la poste. Et l’option de fermer le Zinda, il pense et il croit que de cette façon cela va amoindrir la réaction des élèves et de la communauté éducative par rapport aux mesures qu’il veut tenter de prendre. Mais c’est un leurre.

Pour vous, que faire alors ?

Il faut purement et simplement rapporter cette décision, il n’est pas encore tard. Il n’y a aucune raison que l’on ferme le lycée Zinda à la veille de cette rentrée, avec toutes les conséquences que cela implique. Il faut rétablir le lycée Zinda dans ses droits et permettre aux élèves et à leurs parents de pouvoir poursuivre l’action éducation. Du reste, les résultats de fin d’année aux examens montrent clairement que bien qu’il y ait eu crise qui n’a pas concerné que le lycée Zinda, cela a impacté le moins possible le lycée et les résultats sont là pour le prouver.

Il est donc toujours temps de faire marche arrière de votre avis ?

La mesure qui est prise ne correspond à rien. C’est pourquoi de mon point de vue, il faut lever la mesure de fermeture du Zinda et permettre que l’administration dans cet établissement prépare la rentrée sereinement au même titre que les autres établissements. Je voudrais lancer un appel à la fois à l’ensemble de la communauté éducative qui ne concerne pas seulement les enseignants et les élèves.

Les enseignants et les élèves à travers leurs organisations se sont battus et continuent de se battre et cela a permis de préserver un minimum de choses dans l’éducation. Mais les problèmes qui se posent au niveau de l’éducation aujourd’hui, vont au-delà des élèves et des personnels. Ils interpellent l’ensemble de la communauté et en premier lieu les parents d’élèves. Il faut qu’ils jouent leur rôle et qu’ils prennent conscience des dangers qui guettent l’avenir du système éducatif et que l’ensemble de ces acteurs-là travaillent main dans la main dans le sens de préserver un minimum pour l’école burkinabè.

(Source : Propos recueillis par Armelle Ouédraogo-Lefaso.net)

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