A l’épreuve de la perte du pouvoir, le MPP n’aura résisté que quelques semaines. Des militants, prétendus être de la première heure, n’ont même attendu la fin des déboires de leur mentor, Roch Marc Christian Kaboré, avec la junte militaire avant de tourner casaque.

Après Abdoulaye Mossé et sa bande, Smaïla  Ouédraogo et ses compagnons, c’est au tour de Alpha Barry et une centaine de camarades de rompre avec l’aventure des RSS. La politique du ventre, des postes et des intérêts a revêtu tout son cynisme avec l’accession au pouvoir et la chute du MPP.

Le « très optimiste » Alassane Balla Sakandé court le risque d’être bientôt le seul militant du MPP. Ce n’est pas une appréhension. C’est une certitude maintenant. Là où le CDP a fait preuve d’une incroyable résilience sous la houlette de Eddie Komboïgo, le MPP répond incroyablement à l’appellation que lui ont attribué, dès les premières heures, ses détracteurs à savoir que ce parti n’est rien d’autre que le « Mouvement des Postes Perdus ».

La débandade est loin de prendre fin. Sonnée par Abdoulaye Mossé à travers la création express du Parti panafricain du progrès (PPS), la saignée continue. La création de les Démocrates avec Smaïla Ouédraogo n’a été qu’une étape du lâchage tous azimuts. C’est d’une coquille presque vide que Alassane Balla Sakandé et son mentor Roch Marc Christian Kaboré sont en train d’hériter.

Malgré l’annonce de l’ex-président du Faso de refonder et de dynamiser son parti, l’hécatombe semble avoir été déjà franchie. Le MPP est aujourd’hui sans colonne vertébrale tant il est totalement dépourvu de ses cadres.

Portés par la vengeance et la rancœur pour avoir perdu leurs privilèges, Roch Marc Christian Kaboré, Salifou Diallo et Simon Compaoré ont canalisé tous les aigris politiques dans un élan de règlement de compte contre le régime de Blaise Compaoré. Il est évident maintenant que le MPP n’a jamais eu ni de projet ou programme de société ni de plan de gouvernance et de développement du pays.

Après avoir berné des Burkinabè naïfs à adhérer à une insurrection savamment manipulée à coup de billets de banque et de mensonge, Roch Marc Christian Kaboré et le MPP se sont mis à naviguer à vue dès qu’ils ont accédé au pouvoir.

Ils ont essayé de noyer en vain leur incapacité dans des accusations malsaines contre le régime de Blaise Compaoré, la faiblesse des RSS s’est révélée au grand jour face aux défis sécuritaires et à la nécessité d’inscrire le pays dans la voie du progrès.

Tant qu’il y avait la « masse partisane » à partager, un semblant d’unité, d’unanimité et de mobilisation se faisait ressentir autour de Roch Marc Christian Kaboré et de son régime.

Après avoir vu leurs rêves les plus fous de devenir directeur général, ministre, ambassadeur … se réaliser par des choix et des nominations régionalistes, amicalistes, népotistes, « Roch la solution », chanté à cors et à cris, est subitement devenu « Roch le problème ».

Ses prétendus inconditionnels tels Abdoulaye Mossé, Smaïla  Ouédraogo, Alpha Barry, Bachir Ismaël Ouédraogo (…) n’ont pas hésité à lui donner dos. A l’image du MPP, c’est l’ensemble des partis de l’APMP qui sont aussi confrontés à des départs massifs de leurs militants vers des horizons au nectar politiquement succulent.

Bénéwendé Stanislas Sankara de l’UNIR-MPS, Vincent Dabilgou de NTD sont en train de l’apprendre à leurs dépens: un regroupement politique fondé sur des intérêts individus et égoïstes ne saurait prospérer. Et comme le mot « ingratitude » n’existe pas en politique au Burkina Faso, tous les coups sont permis. Quitte à abandonner Roch, Bénéwendé et Dabilgou à leur triste sort.

C’est le Karma. La nature lui rend la monnaie de la pièce. Le CDP aura ainsi résisté à l’épreuve de l’après-pouvoir que le MPP et ses dizaines de partis satellites. Il n’y a plus de cagnotte ni de poste à se partager, l’idéal de socio-démocrate a bien foutu le camp.

Aux prises à la galère, les anciens bonzes du régime de Roch sont aujourd’hui à la merci d’hommes d’affaires qui les ridiculisent à leur guise. Il est à craindre que l’avenir politique du Burkina Faso dépende de la volonté des milieux économiques.

Donatien FOFANA

(Source : Netafrique.net)